LOUAFI Nadya

L’importance de ce geste qui se fige

À peine vingt ans, un peu perdue au cœur de Bordeaux, je me suis initiée à la sculpture. Le hasard avait placé une caverne d’Ali Baba, le magasin Rougié et Plé, sur mon chemin. Curieuse, la tête pleine de projets, les doigts impatients de créer, je me suis essayée à pas mal de choses. Beaucoup m’ont plu et au final lorsque mes mains ont fouillé l’argile. J’ai senti une communion avec cette glaise, ce tas dont toutes les formes peuvent sortir.

Autodidacte ? J’aime à le dire, mais je dois beaucoup à Joseph Limousis qui animait des ateliers et qui m'a donné les techniques essentielles. Lui, il sculptait de grands personnages décharnés, des oiseaux et des cabanes de Dordogne, les bories. Joseph a cuit mes premières pièces. Il me disait de sa voix grave “Continue à sculpter “tes” bonnes femmes”. Depuis, la sculpture m’a accompagnée. Mes bonnes femmes ont perdu leurs cheveux, pendant que je m’efforçais de les bousculer, de les malmener. Mon désir était de les mettre en mouvement, de les projeter dans la vie. Mais ce mouvement est-il compatible avec la pose figée d’une statue ? Je ne sais pas mais je cherche. L’importance de ce geste qui se fige, vient-il de ma passion pour la danse, des spectacles de Béjart, des positions de yoga pratiquées parfois ? Oui, certainement. Mais aussi à une perception du corps, de mon corps qui vibre au diapason de mes sentiments, de mes émotions, et de mon environnement.

Je travaille sans modèle. J’imagine une pose. Je sens une attitude que mes doigts et mes mains vont chercher dans l’inertie de la terre. C’est une bataille contre la gravité, cette force qui tire tout vers la terre. C’est une recherche de l’équilibre. Comment rendre le dynamisme d’un mouvement à partir d’une matière molle et un peu collante ? Parfois, j’ai l’impression que la terre a sa volonté propre, qu’elle me pousse à aller là où je n’avais pas pensé aller. Parfois, c’est moi, le feu et moi, qui gagnons, et qui arrivons à imprimer ce que je sentais comme un défi à la nature de cette terre ; une jambe tendue, un corps qui se cambre, des bras qui enlacent, des corps à la limite de la chute. Et j’entends le rire de Joseph Limousis, qui me dit :

“ Tu y es presque. Tu vois. Continue à sculpter tes bonnes femmes”.

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